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Politique de non-sens, cafouillage et manque de suivi… La gestion des centres de quarantaine fait réagir des spécialistes, surtout depuis que les autorités ont décidé de prolonger le séjour des résidents là où des cas positifs ont été recensés. Pour comprendre, nous sommes allés au fond de ce phénomène nouveau à Maurice…

«EN 1977, nous avions dû faire face à une épidémie de choléra à la Mecque. À leur retour, les pèlerins ont été envoyés en quarantaine. C’est le seul épisode dont je me souviens mais cela ne concernait que quelques dizaines de gens.» Propos d’un inspecteur sani- taire aujourd’hui à la retraite.

En effet, le pays n’a jamais eu à faire face à une épidémie d’une telle ampleur jusqu’ici. Et n’a encore moins eu à gérer tant de personnes (NdlR, au lundi 6 avril, elles étaient 1 504) en quarantaine. Dans l’urgence et la panique de protéger la population, les questions relatives au «protocole de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)», brandi par le ministère de la Santé, n’étaient pas nombreuses.

Mais trois semaines après l’annonce des premiers cas de Covid-19, et la décision d’étendre le confine- ment de résidents qui étaient sur le point de rentrer chez eux, la frustration est à son comble. Plusieurs incidents ont d’ailleurs été recensés dans des centres de quarantaine (voir hors-texte), lors desquels le personnel soignant a été bousculé. Mais d’abord, que recommande le protocole de l’OMS?

La page 2 de la brochure de l’OMS sur les «Considérations relatives au placement en quarantaine de personnes dans le cadre de l’endiguement de la maladie à coronavirus 2019(Covid-19)» y consacre tout un volet. On peut y lire : «L’OMS recommande de placer en quarantaine les contacts de cas confirmés en laboratoire pendant 14 jours à compter de la dernière fois où ils ont été exposés à un patient atteint du Covid-19».

Le document poursuit qu’un «contact est une personne qui a prodigué des soins directement à un patient contaminé, qui s’est trouvé à proximité d’un cas confirmé ou encore qui a voyagé – dans un rayon d’un mètre – d’un patient atteint du Covid-19, dans un délai de 14 jours suivant l’apparition de symptômes chez ce patient». Il indique également que la quarantaine peut être organisée dans des hôtels, dortoirs ou d’autres lieux pouvant accueillir des groupes. Aucun détail toutefois sur la prolongation du séjour en quarantaine, s’il se trouve qu’un résident soit testé positif lors de son confinement.

Pourtant, le ministère de la Santé insiste sur cette mesure. Si ce scénario était avéré, le séjour des résidents serait étendu de… 14 jours, voire plus. Ce n’est que le lundi 6 avril que le Dr Zouberr Joomaye, porte-parole du National Communication Com- mittee sur le Covid-19, a semblé «assouplir» les règlements de la Santé, en indiquant que la situation sera traitée au cas par cas. D’ajouter que certains centres ont déjà commencé à autoriser le départ de résidents, sans apporter plus de précisions.

Mais pour certains spécialistes de la santé, cette décision n’est pas sensée. C’est l’avis du Dr Jean-François Loumeau, Mauricien et «Returning Resident» depuis un an. «Pourquoi prolonger la quarantaine si depuis le début, le confinement a été respecté ? Si les résidents ne se côtoient pas, comme le veulent les règlements, le virus ne devrait pas se propager», avance-t-il.

Le Dr Jean-François Loumeau poursuit que l’extension du séjour des patients testés négatifs à deux reprises en quarantaine est dépourvue de sens en matière de santé publique. «Mais bien sûr, si le confinement dans ces lieux se passe comme on a pu voir dans des vidéos qui ont fuité sur la Toile, où l’on voit des gens prenant des repas ensemble, se partageant les théières et cafetières, la propagation du virus continuera à se faire. Par contre, si la quarantaine est bien gérée, la décontamination se fera.»

Le médecin avance d’ailleurs que les résidents testés négatifs, une fois qu’ils ont quitté les centres, peuvent continuer le confinement chez eux et référer au ministère de la Santé dans le cas improbable où des symptômes apparaîtraient après sortie de quarantaine sous supervision.

Le Dr Saleem Peerally, radiologue et à la tête de la clinique Dia- gnos sise à Rose-Hill, se trouve actuellement en quarantaine à l’hôtel Ambre. Ce professionnel va plus loin. Selon lui, depuis le départ, le raisonnement du ministère selon le- quel il faut confiner et puis attendre et ensuite faire des tests était mauvais. C’est ce qui, en partie, expli- querait la pagaille dans les centres de quarantaine.

Selon le Dr Saleem Peerally, la quarantaine, préconisée par l’OMS, n’a rien à voir avec le concept archaïque lors de grandes épidémies qui ont ravagé le monde dans le passé. Il précise que l’on parle de confinement, alors que la quarantaine, qui s’apparente plus à une séquestration et telle qu’elle est appliquée par le gouvernement, risque de s’avérer passive et dangereuse.

D’ailleurs, avance-t-il, les anomalies démarrent dès la descente d’avion. «Les passagers sont regroupés dans des salles d’attente, ensuite dans des bus. Certains ne portent ni masques, ni gants. La philosophie de base même du confinement n’est pas respectée», fait-il valoir. Tout en soulignant comprendre qu’on ne peut pas faire de dépistage pour toute la population, il avance qu’on a les moyens de traiter les cas positifs.

«Il y a trois types de dépistage : direct par le throat swab en recherchant les particules virales et indirectes à travers le test sanguin et le scanner thoracique», souligne le Dr Saleem Peerally. Le dernier examen peut se révéler positif alors même que le throat swab gold standard est lui négatif. La recherche des particules virales est faite par des machines automatisées, et le résultat est disponible en quelques heures. D’ajouter que la façon de faire les dépistages effectués sur les personnes soupçonnées d’être porteuses du virus, n’est pas cohérente.

«Le dépistage devrait être fait au 2e et 14e jour sur une population ciblée, revenant de voyage et ceux en contact avec des cas avérés de Covid-19. Ici, nous sommes testés le 14e jour et s’il s’avère qu’un cas positif soit relevé, nous sommes testés encore et notre séjour prolongé de façon infinitive. Cela ne fait aucun sens», déplore le Dr Saleem Peerally.

Les médecins déployés dans les hôpitaux et par alternance, centres de quarantaine, n’y voient pas plus clair. «De quel protocole de quarantaine parle-t-on ? Il n’existe pas de plan harmonisé, il est plutôt adapté dans chaque région par les Regional Health Directors. Comment expliquer sinon que certains médecins restent sur place pendant deux semaines, d’autres n’y font que 24 heures ?» se demande l’un d’eux.

Selon des informations glanées,au niveau administratif, l’organisation laisserait à désirer dans les centres. «Les suivis et les dépistages ne sont pas faits de façon ordonnée et systématique. Par exemple, si un patient est testé positif alors qu’il se trouve en quarantaine, le dépistage des autres résidents peut se faire sur plusieurs jours. Comment voulez-vous alors que l’on laisse partir des patients quand on n’est même pas sûrs qu’ils aient été dépistés dans le délai recommandé par l’OMS», s’interroge un autre médecin, actuellement posté dans un centre.

Interrogé à ce sujet et de la frustration des patients qui découle des mesures prises par la Santé, le Dr Vinesh Sewsurn, président de la Mauritius Health Officers Association, ne mâche pas ses mots. «Nous ne tolérerons aucun acte de violence effectué à l’encontre des médecins. Déjà, nous sommes en contact avec nos conseillers légaux et avons décidé de poursuivre les résidents qui ont agressé des médecins à Solana Beach et au centre de quarantaine de Pointe-aux-Sables.»

Source : L'Express